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Le Flow dans le tango

par le

Avez vous déjà rencontré "le flow", cet état de grâce qui peut nous toucher parfois dans le bal ? Et si on essayait de comprendre ce qui se passe pour y entrer volontairement ?

Qu'est-ce que le Flow ?

Le "Flow", "Mushin" en Chinois ou "la zone" en français est un état particulier de l'esprit rencontré par les sportifs, les artistes, les joueurs d'échecs, de jeux vidéos etc... et bien sûr les tangueros. C'est un état particulier où l'on a la sensation de planer en parfaite connexion avec son partenaire, la musique et le bal, sans aucun parasitage extérieur tout en étant au maximum de ses capacités. Il peut être définit comme l'absorption total d'un individu dans son occupation.

Pete Sampras  en parle très bien, lors de sa victoire à Wimbledon face à André Agassi : "Je ne pouvais pas mieux jouer. Au début et au milieu du deuxième set j'étais déchaîné, mon jeu parfaitement en place. Que ce soit au service ou au fond du cours, je jouais dans la zone, j'étais à mon meilleur niveau, tout me paraissais simple."

Lors d'un marathon, un ami voulait certainement en parler quand il a annoncé après une tanda "C'était trop bon ! Dans ces moments là, tu as l'impression que la musique, elle te respecte !". Il était certainement soit dans la zone, soit dans la peau de Chuck Norris.

Que se passe t'il dans notre tête ?

Beaucoup de gens pensent que l'on n'utilise que 10% ou 20% de notre cerveau. Cette idée est fausse et ce qui est drôle c'est que lorsqu'on arrive dans cet état de grâce, c'est l'inverse qui se produit : certaines parties de notre cerveau se mettent en veille !

Chimiquement, le Flow se traduit dans notre cerveau par un joyeux bouillon d'endorphines, de dopamines et de sérotonines, un mélange proche de celui des consommateurs de drogues. Le fonctionnement électrique du cerveau se modifie pour atteindre une sorte de rêve éveillé. Dans la pratique, il se constate par des performances physiques optimales, de meilleurs réfléxes et une créativité accrue.

Dans cet état le cortex préfrontal du cerveau - celui chargé de notre conscience personnelle et de la petite voix qui nous critique tout le temps - va "s'endormir". La notion du temps disparait elle aussi, tout comme la faim, la peur ou la douleur. Cela permet ainsi de se dépasser aussi bien physiquement que créativement. Cet état n'est évidement pas sans danger, et y être plongé continuellement diminuerait conscidérablement notre espérance de vie. Mais dans un bal de tango, je pense qu'il n'y a pas grand chose à craindre ;)

Faire taire la petite voix pour pouvoir s'exprimer pleinement dans le tango

 

Mihaly Csikszentmihalyi, l'un des pionnier de la théorie du Flow et référence dans le domaine, propose d'autres éléments de compréhension. Pour lui, le cerveau ne pourrait traiter que 110bits d'informations par secondes. Ecouter quelqu'un en prend déjà 60, ce qui explique que l'on ne peut pas dialoguer avec deux personnes en même temps. Dans "la zone", le cerveau est "saturé" et doit prioriser ce qu'il prend en compte. Il va alors laisser de coté ce qui ne va pas lui servir comme les soucis et préocupations quotidiennes (le repas avec la belle mère du lendemain), mais aussi la notion du temps et le ressenti corporel (comme le dos en compote et la douleur des pieds au bout de la 34ème tanda par exemple).

 

Comment l'atteindre ?

Globalement il y a 4 déclencheurs naturels

Le danger

Imaginez qu'un vélociraptor débarque à l'improviste en pleine milonga. Vous entreriez certainement dans le Flow pour trouver une issue avant de finir dans en casse-croute ! Il y a peu je me suis fait percuté par une voiture et j'ai senti clairement le phénomène : à peine la voiture était-elle entrée dans mon champ de vision que j'ai eu l'impression que le temps ralentissait et j'ai eu conscience de ce qu'il fallait faire : j'ai plié les genoux pour éviter de me les casser et tourné le dos à la voiture pour amortir le choc avec mon sac à dos rempli de hachis parmentier et sauté sur le capot plutot que d'attendre qu'elle me percute. Mes réflexes, le Flow et mon hachis m'ont évité de gros ennuis.

Bref, comme les dangers potentiels sont limités dans le tango, on plûtot va se concentrer sur les autres leviers ...

Chris Pratt est ici clairement dans la zone : Il ne ressent pas la peur et sait exactement quoi faire !

 

La concentration extrème

En combinaison avec la motivation, elle joue un rôle essentiel pour entrer dans la zone. L'esprit du tanguero doit être dirigé sur la danse et le moment présent. Mais pour obtenir cette motivation et cette concentration, il va falloir trouver un challenge qui nous correspond ! Il faut qu'il ne soit ni hors de portée, ni trop simple. Il s'agira pour les danseurs de toujours chercher à progresser, remettre en question leurs pratiques et ainsi toujours se challenger.

 Pour Sangoku, le Flow c'est simple !

  

Les effets de groupe

Qui ne s'est jamais senti transporté lors d'un concert ou une manifestation ? Le Flow se déclenche là aussi, ce qui explique qu'on ait plus de facilités à l'atteindre dans une soirée réussie où il y a d'autres danseurs portés par l'ambiance et la musique du DJ.

La relaxation

Les pratiquants de la méditations expérimentent régulièrement cet état. Aborder une milonga de façon sereine vous aidera à vous dépasser. En arrivant dans un bal, ne vous lancez pas directement sur la piste (et laissez passer cette super milonga de d'Arienzo). Prenez le temps, recentrez-vous et respirez de manière complète. Pour être relaxante, la respiration doit provenir de l'abdomène, du thorax et enfin des clavicules (exemple vidéo en fin d'article). Les danses suivantes n'en seront que meilleures. 

 

Mihaly propose d'autres leviers permettant d'entrer dans la zone :

  • avoir une activité motivante. A priori c'est le cas si vous lisez ces lignes
  • avoir du temps devant soi. La contrainte de temps induit un stress qui empêcherait le lâcher prise (les marathons et festivals de tango sont donc propices au Flow)
  • développer les compétences jusqu'à une maîtrise de son sujet
  • avoir un environnement propice au Flow, un cadre qui vous met à l'aise avec des personnes qui vous plaisent
  • arriver à la saturation cérébrale
  • avoir un objectif clair
  • adapter sa respiration pour se calmer et se libérer de ses tentions
  • avoir un niveau de concentration élevé
  • optimiser son sujet
  • se libérer de la peur de l'échec. Cette étape est essentielle pour se libérer l'esprit. Il va donc falloir se tromper et apprendre à se tromper dans un contexte où on nous apprend depuis l'enfance que "échouer, c'est mal"

 

Pour Steve Kotler, le Flow est cyclique et comporte 4 étapes :

  1. la phase de lutte : il faut apprendre de façon très intense jusqu'à surcharger le cerveau. Cette phase n'a pas vocation à être agréable
  2. la phase de libération où il est alors possible de se détacher du problème
  3. la phase de Flow
  4. la phase de repos, où il faut accepter de ne plus se sentir comme Superman pour éviter de générer du stress et du cortisol

 

 

Néo et le Flow level 96

 

 

La recherche du Flow est pour certains une véritable quête tant elle apporte de la joie à celui qui y entre, mais il peut aussi engendrer une forte dépendance et de grosses frustrations quand on passe à coté pendant un bal. La milonga est un terreau propice à entrer dans cet état : un endroit agréable, des danseurs qui cherchent le même plaisir que vous,  des challenges infinis et le niveau d'exigence qu'elle requiert font que le Flow est naturellement à porté d'abrazo. Et puis au pire, si vous n'y arrivez pas, il reste encore à essayer le base jump ou la slackline pour le découvrir !

Nous avons vu qu'il n'y a pas de recette miracle pour atteindre la zone, mais plusieurs possibilités s'offrent à nous ! Et vous quelles sont vos techniques pour l'atteindre ?

 

 

 

Sources

Livres : Un mental à 100%  par Franck Chaput

Dossier vidéo sur le Flow sur BigThink par Steve Kotler

Quelques vidéos qui vous permettront d'aller plus loin :